mercredi, février 08, 2006

Côté ciné : « Collision », l’indifférence américaine dans toute sa splendeur…

Ce film relate le destin de plusieurs personnages à Los Angeles, qui vont être amenés à se croiser par hasard ou non, mais la vie de chacun va s’en trouver bouleversée.

Apparemment à Los Angeles, personne ne se calcule ! Vous me direz, comme dans toutes les grandes villes. Mais là, en plus de l’indifférence, cette ville est sclérosée par la haine que se vouent les différentes classes sociales et les différentes communautés. C’est ce que tente de nous prouver, de manière un peu maladroite, ce film.

Le racisme, la xénophobie. Voilà les deux thèmes majeurs du film. Le racisme concerne chacun d’entre nous, tout le monde y est confronté chaque jour, où que l’on soit. Mais à Los Angeles, les choses prennent une autre tournure. Les classes les plus riches sont majoritairement des WASP, les classes les plus pauvres sont principalement celles des afro-américains et des hispaniques. Les uns habitent des quartiers étalant leur luxe et leur réussite, les autres habitent des bidonvilles pourris par la criminalité et la drogue. D’un côté, le rêve américain dans toute sa splendeur, de l’autre des parias. Et au centre, le purgatoire. Le lieu où les différentes ethnies se rencontrent et se côtoient. Là où les existences sont profondément meurtries, et où germe le sentiment le plus infect : la peur et le haine de l’autre. Celui qui n’a pas la même couleur, la même religion ou la même manière de vivre, celui-là n’est pas clair. Alors forcément, si ça va mal, c’est de sa faute…

Pour ma part, je pense que le problème ne vient pas forcément de l’ethnie ou de la culture différente des différentes communautés. Déjà, affirmer qu’il existe différentes communautés, c’est engendrer le racisme. On n’est pas Blanc, on n’est pas Afro-américain, on n’est pas Asiatique ou Hispanique, on est un citoyen des Etats-Unis avant tout.
Mais surtout, ce film présente l’individualisme, héritage du modèle socio-économique américain, et le cloisonnement des habitants. Chacun trouve les réponses qu’il veut aux problèmes extérieurs, les médias s’occupent d’attiser largement les rancoeurs.

L’intention du film est noble, les actes malhabiles. Les personnages sont trop conventionnels (le flic blanc raciste, le petit bleu intègre, le WASP plein aux as, le Black qui a réussi…). Certains passages sont particulièrement originaux, d’autres carrément ennuyeux. Le film a, par contre, l’avantage de mettre en avant des acteurs de seconde zone, ou ayant un peu disparu du grand écran ces derniers temps (Matt Dillon, formidable, Sandra Bullock, Ryan Philippe, Brendan Fraser…).

Ce film est une vraie curiosité, et l’on passe un agréable moment. Mais au moment où l’on termine le visionnage, on se rend compte qu’on ne sait pas trop où voulait en venir ce film, oscillant entre documentaire, témoignage et fiction.

Tout public. Renseignement sur
imdb.com

mardi, janvier 31, 2006

Côté bouquin : « American Tabloïd », une œuvre dantesque…

Au premier regard, American Tabloïd semble être uniquement un livre relatant l’ascension et l’arrivée au poste de Président de la République du jeune sénateur John Fitzgerald Kennedy…mais cela est loin d’être le cas !

Il suffit de lire quelques lignes pour se rendre compte du travail de fourmi réalisé par Ellroy. En presque 800 pages, il brosse cinq années de vie politique, policière et mafieuse et les collusions existant entre les trois, entre 1958 et la date historique du 22 novembre 1963. Même si JFK n’est pas le personnage principal (il n’y a d’ailleurs aucun personnage auquel se raccrocher réellement !), celui-ci est au milieu de presque toutes les intrigues de par sa personne ou ses choix politiques, choix qui le conduiront tragiquement à sa mort. On apprend par ailleurs que c’est vraiment à partir de cette époque, qui passe pour être une des moins pourries des USA, que la corruption est apparue dans ce grand et beau pays !

Quelle noirceur ! Ellroy, champion de l’écriture rapide, violente et glauque, une écriture qui met les nerfs à vifs et qui dégoûte par moment. Et c’est dans ces moments les plus crades que le livre est le plus jouissif, les détails sordides font jubiler et l’on se retrouve presque dans une situation de voyeur… Les détails sont tellement précis qu’on en vient à se demander ce qui relève de la fabulation et ce qui est véridique… Mais ce qui dégoûte par-dessus tout, ce sont les rapports entre l’administration politique et policière, et la mafia …quand Ellroy veut que nous nous identifiions à un personnage, c’est pour mieux détruire celui-ci 100 pages plus loin ! On est totalement déstabilisé, mal à l’aise avec plus une seule branche à laquelle s’accrocher, comme si on sombrait petit à petit dans un tourbillon de pessimisme et de défaitisme…

Bref, on ne sort pas indemne de ce bouquin, il laisse des traces. De plus, on apprend énormément de choses sur une période méconnue en France. Que les ennemis de l’Histoire se rassurent, rien n’est rébarbatif dans ce livre. Une fois qu’on a commencé, on arrive plus à s’arrêter…

Déconseillé au moins de 12 ans. Disponible sur Amazon.fr

vendredi, janvier 27, 2006

Côté musique : « 18 » de Moby, une merveille sur sillon…

Sous son côté de teenager attardé, cet homme est un génie musical. Il lui aura fallu quelques albums pour pouvoir percer, mais maintenant on se demande comment on a pu vivre sans lui ?

18. C’est le nombre exact de morceaux que Moby nous offre sur, ce que j’estime être, son meilleur album. Il arrive à jongler avec les styles musicaux, passant du hip hop à la ballade, sans aucun problème. L’homme a le sens de l’ambiance. Il sait de quoi il parle, on sent le vécu artistique. A chaque album, l’atmosphère est radicalement différente, le style change et se peaufine. Les voix, les arrangements, les mélodies, tout est superbe…. Il explore des univers merveilleux, qui nous emmènent loin, très loin de la réalité.

Pour écouter « 18 », il faut se caler dans un fauteuil ou dans son lit, mettre un casque sur les oreilles, fermer les yeux et partir…finit le stress, ciao les ennuis nous voilà transportés grâce à des morceaux comme « At least we tried », « Sleep alone », « One of these mornings » ou encore « Harbour ». Par moment, on se surprend même à avoir la larme à l’œil devant ce flot d’émotions avec lequel le new-yorkais à lunettes s’amuse. Chaque piste est différente de la précédente, et sous la classification Musiques électroniques, rien ne se ressemble sur cet album. Il y a pourtant un fil conducteur, un sentiment qui prend le pas sur tous les autres, et je pense à la tristesse.

Pour ceux qui ne connaîtraient Moby que par les ondes FM (qui sont d’ailleurs loin de passer ses meilleurs morceaux !), je recommande vivement cet opus (disponible à l’achat sur Amazon.fr) qui bouleversera sans aucun doute votre vie !!!